“Taisez-vous, construisez !”

Cet adage cinglant de mon illustre confrère devrait être inscrit en lettre d’or devant les yeux de tous les politiques, journalistes, penseurs et autres beaux parleurs de l’écologie nouvelle.
Plus connu pour son “less is more”, Mies Van der Rohe est encore entendu et son injonction suivie.
Certains, silencieux et inconnus aujourd’hui, pourraient bien devenir demain la référence française en terme d’écologie de la construction (…)
Elles sont trois, trois communes à l’écart de Nantes, réunies pour ne faire qu’une, une communauté de communes. Cœur d’estuaire, c’est son nom, est une sorte de village Gaulois en train de devenir le leader français de l’éco-construction.
Les ambitions sont élevées et claires, les moyens sont là, les projets d’ampleurs et ça s’annonce passionnant.
Vous n’en savez rien? C’est normal ils se taisent. Mais que font-ils ? Ils construisent, ils bâtissent, ils édifient, ils conçoivent, ils rassemblent les entreprises du secteur, ils innovent, ils recherchent, ils mobilisent, et ça marche.
La liste des réalisations en cours est impressionnante:
Deux parcs d’entreprises sur 90 ha dédiés exclusivement aux entreprises de l’éco-construction et traités de façon écologique. Pas de label, de titre ronflant, d’effets d’annonces ou de belles paroles. Les pelleteuses sont à l’œuvre, pour un aménagement conçu sur le paysage avec récupération et réemploi des eaux de pluie, éclairage non polluant, implantation de 100 000m2 de panneaux photovoltaïques sur les bâtis, assainissement sur site et un cahier des charges architectural simple et drastique.
Un centre de loisirs pour 120 enfants qui s’annonce comme un manifeste de l’éco-construction. Terre, bois, puits canadien, utilisation du rayonnement solaire sur les vitrages, pierre de pays, et aussi du solaire thermique et photovoltaïque et quelques nouveautés dont paraît-il, on nous réserve la surprise. Sans parler du réemploi des eaux de pluie, de l’assainissement avec épuration végétale. Le pédagogique et le ludique ne sont pas oubliés, avec une éolienne pour animer l’eau des bassins de jeux, l’eau chaude sanitaire chauffée par le soleil ou le four solaire pour les cuistos en herbe.

Tous les aspects de la vie sociale et économique sont pris en compte dans les projets de cette collectivité, pour faire de son territoire le leader de l’éco-construction où chacun devient acteur. Et ceci vient prouver qu’il ne s’agit pas de peindre les façades en vert pour faire de l’écologie mais bien de repenser tout, dans tous les domaines.
Et la liste se complète:
Un centre de formation dédié aux métiers de l’éco-construction est en projet, avec une vocation et un dimensionnement national. De nombreux partenaires privés sont dans le projet pour accueillir bientôt à Cœur d’Estuaire une partie des 200 000 personnes à former tous les ans aux réalités nouvelles de la construction écologique.
Les collégiens ne seront pas en reste. Dans quelques semaines ils verront devant leur classe tourner un “tracker” photovoltaïque en fonction de la course du soleil. Les bourgs aussi sont mobilisés. Démolition et construction d’une nouvelle maison de retraite avec création d’un éco-quartier. Projet de centrale de chauffage au bois alimentée par les déchets des industriels du secteur. Deux projets de quartiers nouveaux, pour densifier les centre-bourgs sans les étendre.
L’agriculture est également mobilisée. Deux programmes de recherches sont en cours, rassemblant une dizaine d’agriculteurs et un laboratoire spécialisé dans les agro-matériaux. Objectifs ? Créer des produits de construction nouveaux à base de produits ou co-produits agricoles, combinés avec des déchets industriels. Les quelques pistes évoquées sont prometteuses.
Les industriels, souvent accusés de tous les maux de la planète, sont eux aussi au rendez-vous de l’éco-construction. Partenariats sur des économies d’eau et d’énergies, études de recyclages et réutilisation de déchets dans la construction ou les routes; échanges d’idées et transferts de savoirs ou d’expériences sont aussi au menu.

Mon inventaire est incomplet mais l’exemplarité son titre. Et là est bien le message de ce lieu, unique en France à ma connaissance, où se concentrent tant d’innovations, d’actions concrètes et d’avance sur tous les discours.
La conclusion est simple. Pas de recette miracle, pas d’optimisme béat, pas de dogme ni d’idéologie. Un seul constat: toutes les solutions existent ou émergent. Une seule détermination: bâtir. Un seul message : Taisez-vous, apprenez !
Cyrille Parlos, Essec-Urbaniste-Architecte
Bonjour,
Merci pour cet article plein d’encouragement pour les professionnels du développement durable comme moi qui constatent effectivement tous les jours la timidité des décideurs politiques et autres maîtres d’ouvrage à construire durablement.
De telles initiatives méritent d’être valorisées.
Cordialement
Jean-Philippe
Gérant de société
Récupération et gestion des eaux de pluie pour les professionnels et collectivités