L’enveloppe : support de tous les enjeux du développement durable ?

2AD ARCHITECTUREPar Martin ARMINGEAT – Architecte associé, président de 2AD Architecture


La façade d’un bâtiment représente depuis toujours un enjeu pour l’architecte et son commanditaire. Conçue comme une peau, ou un vêtement elle doit habiller de façon adaptée le bâtiment qu’elle pare.

Selon les périodes, tantôt utilisée pour donner à lire depuis l’extérieur le fonctionnement intérieur d’un bâtiment, tantôt utilisée au contraire pour masquer le fonctionnement interne et renvoyer une image propre au bâtiment, tantôt encore traitée comme élément d’intégration au tissu urbain environnant ou comme « œuvre » pour marquer le contexte, la façade doit dépasser aujourd’hui ces questions formelles pour intégrer les défis du développement durable.


Signe de cette évolution, la façade s’affirme comme enveloppe, voire épiderme.

Ainsi, à chaque projet, cette enveloppe doit désormais être conçue comme une peau qui apporte les réponses adaptées à ces nouveaux enjeux.


  • Comme limite entre le dedans et le dehors, elle doit répondre aux contraintes d’une accessibilité rendue possible à tous. Les seuil, les terrasses, balcons et autres éléments en volume doivent être pensés pour maintenir les cheminements conformes.
  • Comme vêture entre l’extérieur et l’intérieur, elle doit offrir une performance thermique renforcée à la recherche de labels sans cesse plus performants. Elle doit supprimer les ponts thermiques et garantir le confort thermique d’été ou d’hivers des usagers…
  • Comme élément comptabilisé dans la SHON selon nos règles d’urbanisme, mais enveloppe dont l’épaisseur vient réduire la surface utile aux usagers, elle doit se faire de plus en plus mince pour optimiser les ratios de construction si importants.
  • Comme peau, elle doit être pérenne, nécessiter peu d’entretien et ne prendre aucune ride avec le passage des années.
  • Comme enveloppe, elle doit apporter des réponses adaptées pour le traitement des 5ème façades et offrir le support nécessaire aux nouveaux équipements techniques pour la gestion de l’eau ou la production d’énergie renouvelable.

Forts de ces questions, une vaste réflexion voit le jour aujourd’hui qui remet en question les pratiques traditionnelles de l’architecte, de l’architecture et de la façade maçonnée et isolée par l’intérieur si longtemps mise à l’honneur.


Pour poursuivre avec l’image incarnée d’un bâtiment enveloppé de peau, est-ce la peau qui porte le squelette ? La façade conçue comme un rideau sur les tours et sur les immeubles de bureaux depuis de longues années déjà se diffuse vers d’autres usages. L’enveloppe s’adapte, elle s’affranchie des contraintes de structure, et le plus souvent elle ne porte plus le bâtiment. La façade se dissocie de la structure pour être pensée comme une peau interchangeable. Peut-être même verrons nous bientôt apparaître des façades interchangeables comme ces vêtements ou ces coques de téléphones qui peuvent être modifiées au grès des humeurs de leur utilisateur.

Comme un vêtement, elle progresse et devient technique. A l’image du Gore tex, ou de tous ces tissus techniques qui garantissent une bonne isolation, respirante, et légère, la façade se cherche. Elle essai des parements, elle teste des nouvelles façons d’isoler…

Face à ces question, les bâtiments cherchent leur nouveaux habits et offre un grand défi pour les architectes, pour les industriels et pour les usagers qui doivent faire évoluer leur façon d’appréhender la façade.


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